julho 08, 2005

Se isto não é política

(também não é Houellebecq)

"Plus l'appétit de puissance s'exaspère chez les chefs spirituels, plus ils s'emploient, non sans raison, à le freiner chez autrui. N'importe qui d'entre nous, livre à lui-même, occuperait l'espace, l'air même et s'en estimerait le propriétaire. Une société qui se voudrait parfaite devrait mettre à la mode la camisole de force ou la rendre obligatoire. Car l'homme ne bouge que pour faire le mal. Les religions, s'évertuant à le guérir de la hantise du pouvoir et à donner une direction non politique à ses aspirations, rejoignent les régimes d'autorité, puisque, tout comme eux, bien qu'avec d'autres méthodes, elles veulent le dompter, mater sa nature, sa mégalomanie native. Ce qui consolida leur crédit, ce par quoi elles triomphèrent jusqu'ici de nos penchants, j'entends l'élément ascétique, c'est précisément ce qui a cessé d'avoir prise sur nous. Un affranchissement périlleux devait en résulter; ingouvernables dans tous les sens, pleinement emancipés, dégagés de nos chaînes et de nos superstitions, nous sommes mûrs pour les remèdes de la terreur. Qui aspire à la liberté complète n'y parvient que pour retourner à son point de départ, à son asservissement initial. D'où la vulnérabilité des sociétés évoluées, masses amorphes, sans idoles ni idéaux, dangereusement démunies de fanatisme, dépourvues de liens organiques, et si désemparées au milieu de leurs caprices ou de leurs convulsions, qu'elles escomptent — et c'est l'unique revê dont elles soient encore capables — la sécurité et les dogmes du joug. [...] Un monde sans tyrans serait aussi ennuyeux qu'un jardin zoologique sans hyènes."

Cioran, E.M. (2003). "À l'école des tyrans". In Histoire et utopie. Paris: Gallimard. (pp 62-63)

Publicado por m. em julho 8, 2005 12:40 PM
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